Publié par Richard Burgan le 20 janvier 2012 à 17h43
Labit: "Je suis bien où je suis"
Christian Labit veut vivre une demi-finale de Pro D2 à la tête de Carcassonne. (Crédit: Maxppp)
En marge de la réception de Grenoble, samedi pour le compte de la 17e journée de Pro D2, Christian Labit ne manque pas d’ambition pour son club de Carcassonne. L'ancien troisième ligne international aspire à faire tomber l'actuel leader pour mieux effacer le douloureux souvenir du match aller perdu en Isère. Toujours en quête de progrès, l’entraîneur des lignes avants de l’USC souhaite emmener ses hommes en demi-finales tout en rêvant d'entraîner un jour en Top 14. A Toulouse ou ailleurs.
Christian, la réception de Grenoble représente-t-elle un point clé de la saison ?
Je pense que c’est un moment clé car Grenoble fait partie de ces équipes qui sont capables de gagner partout. Souvent, ça les énerve de se faire battre donc c’est un match primordial. Au-delà de ça, je pense qu’on aurait dû gagner à Grenoble (le 10 septembre, défaite 17-12 lors de la 2e journée). Je n’ai pas l’habitude de taper sur l’arbitre pour le résultat final et ses conséquences, mais j’estime qu’il faut être honnête avec les garçons qui se donnent sur le terrain. On méritait réellement de gagner à Grenoble.
Vous sentez-vous capables de les battre cette fois ?
On est l’équipe qui les a vraiment perturbés donc je crois qu’on a un rendez-vous à ne pas rater par rapport à ce match qui a été un petit peu usurpé pour nous. C’est en quelque sorte une petite revanche à prendre.
Le fait de les recevoir ne vous rajoute-t-il pas de la pression par rapport au match aller ?
Forcément, c’est la loi de ce championnat. On se rend compte qu’on est plus en difficulté à la maison qu’à l’extérieur. Mon équipe est meilleure en déplacement car elle joue sans pression contrairement aux grandes équipes qui aspirent à monter. Au-delà des qualités de chacun, la force de mon groupe est d’avoir un gros cœur.
Que craignez-vous de Grenoble ?
Ce genre d’équipe est capable de varier son jeu pour s’adapter à l’adversaire, de bonifier les ballons pour marquer sur chaque occasion. Les grandes équipes ont des joueurs de qualité à des postes clés. C’est la différence qu’il peut y avoir par rapport à nous qui sommes un peu dans le dur à cause d’un effectif réduit, issu de la Fédérale 1, et qui manque parfois d’expérience. Le deuxième plus petit budget de Pro D2 va affronter le plus élevé. On est la preuve qu’on peut réussir sans avoir forcément les moyens financiers.
Comment expliquez-vous la réussite qui porte votre club ?
On se trouve au sixième rang du classement donc il faut faire abstraction de ce qu’on est à la base et se dire qu’on va jouer des équipes avec plus de moyens et plus d’ambitions. Justement, je répète aux garçons qu’il faut battre les grands clubs si on veut être meilleurs qu’eux. Ma fierté est d’avoir gardé la plupart des joueurs avec qui je suis monté en Pro D2. C’est cette stabilité de l’effectif qui permet par exemple à Bordeaux-Bègles d’être en milieu de tableau en Top 14.
"Je n’aime pas stagner donc j’ai lancé l’objectif aux garçons d’être en demi-finales"
Avez-vous digéré la défaite à Bourgoin lors de la dernière journée (33-30) ?
Cela a été très dur parce-que c’était un match à notre portée. C’est frustrant, mais j’ai dit à mes joueurs qu’ils s’étaient mis à jouer un peu tard. Le fait d’évoluer à -3°C ne les a pas non plus aidés. Je suis satisfait de leur investissement car les conditions étaient vraiment difficiles. J’ai une énorme confiance en eux et je sais qu’ils sont capables de rebondir.
Préférez-vous les grandes envolées à la solidité défensive ?
Je privilégie la rigueur défensive car je n’aime franchement pas prendre quatre essais. Cela dit, c’est la première fois qu’on en prend autant. Je suis pour qu’on fasse des passes, mais je préfère l’efficacité. Si on marque un essai à zéro passe, ça me va même si je suis toujours en faveur du jeu. En fait, c’est compliqué, mais je reste convaincu qu’il faut faire plus de passes que l’adversaire pour gagner. Ce n’est pas garanti, mais on se rend compte que les équipes qui réussissent sont celles qui produisent beaucoup de jeu comme Toulouse ou Clermont.
Quels sont vos objectifs pour cette seconde partie de saison ?
Quand je perds, je râle. C’est ma manière de vivre et j’essaie d’inculquer cet état d’esprit aux garçons. Celui qui accepte la défaite, je n’en veux pas. Je préfère un moins bon qui ne lâche pas jusqu’à la fin. C’est ce qui compte sur un match qui se joue à rien. Je pense que la priorité est de prendre du plaisir sur le terrain. J’essaye de trouver des solutions pour que les joueurs qui se donnent les moyens de réussir soient récompensés.
Vous sentez-vous prêts à monter en Top 14 la saison prochaine ?
Je ne pense pas que le club y soit préparé cette année, mais on va y penser. Je n’aime pas stagner, donc j’ai lancé l’objectif aux garçons d’être en demi-finales. Ce n’est pas de la prétention, mais simplement de l’ambition. Avec 42 points, je pense que le maintien est assuré. Il y a deux ans, on était encore en Fédérale 1, donc on va essayer de jouer une demi-finale, qui serait quelque chose d’exceptionnel et d’historique pour ce club.
Le parfum des phases finales vous mettrait-il en appétit ?
L’an dernier, quand on a compris qu’on était sauvé, on a passé quatre mois à se faire chier (sic). Le paradoxe est qu’on est un petit club, mais qui a joué de nombreuses phases finales. On en a disputées chaque année en Fédérale 2 puis en Fédérale 1. Du coup, il y a eu un grand vide la saison dernière et ça, c’est dur. Je crois qu’on est un club habitué à disputer les phases finales. Et les gagner en plus ! Sur un match, ça peut être très compliqué de nous jouer.
"J’ai été sollicité par plusieurs grands clubs français, mais je crois que j'ai le temps"
Serez-vous à Carcassonne la saison prochaine ?
Le président est un copain, donc je m’engage année par année. Je vais attaquer ma sixième saison dans ce club parce-que j’ai envie de réussir un projet qui me tient à cœur. Je devrais me réengager rapidement pour que les joueurs soient rassurés et que je puisse me projeter sur le long terme.
Étiez-vous prêt à partir à Toulouse au début du mois ?
J’avais prévenu mon président, mais pas les joueurs tant que ce n’était pas sûr. J’en ai discuté avec le Stade Toulousain et ça ne s’est pas fait car il n’y aura que deux doublons (Top 14-Tournoi) pour Yannick Bru. Finalement, ça m’arrangeait aussi parce-que partir à Toulouse en janvier, c’était abandonner tout ce que j’avais construit cette saison. Néanmoins, j’étais prêt à le faire. Hormis le Stade Toulousain, j’ai été sollicité par plusieurs grands clubs français, mais je crois que j'ai le temps. Je suis bien où je suis car je tiens aussi à être un peu manager. Mon rôle est un peu celui de Guy Novès à Toulouse et je ne suis pas non plus persuadé d’être aussi performant que Yannick. Cela dit, pour un rôle purement d’entraîneurs des avants, j’irais à Toulouse et nulle part ailleurs.
N’est-ce que partie remise ?
Pour l’instant, je ne me fixe rien. J’ai quarante ans, je suis jeune. En tout cas pour ce métier. Je ne veux pas me presser car je sais que le président et les dirigeants ont l’ambition que j’ai pour essayer d’aller le plus loin possible avec Carcassonne. Comme je le dis souvent, mieux vaut être grand chez un petit que petit chez un grand.
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